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8 · Bas Moyen Âge science et technique

Fibonacci et le Liber abaci

1202 Pise, Toscane

En bref

Léonard de Pise, dit Fibonacci, a suivi tout jeune son père marchand à Bougie, en Algérie, et c’est là qu’il a appris les chiffres indo-arabes. En 1202, il a écrit le Liber abaci, un livre qui apprenait à calculer avec les neuf chiffres et le zéro. Il y expliquait comment faire les calculs utiles aux marchands : changes de monnaie, poids et intérêts. Parmi les problèmes du livre, il y a celui d’un couple de lapins qui se multiplie, d’où naît la fameuse « suite de Fibonacci ».

Pourquoi c’est important Grâce à lui, les chiffres que nous utilisons aujourd’hui se sont répandus chez les marchands, puis dans toute l’Europe.

Source : Encyclopaedia Britannica, « Fibonacci »

Illustration : Fibonacci et le Liber abaci (Pise, Toscane)
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
Fibonacci et le Liber abaci : Pise, Toscane
Où : Pise, Toscane

Fiche pour étudier environ 5 minutes de lecture

Le récit

Faire des calculs avec les chiffres romains

Essaie de faire une multiplication, par exemple 24 fois 13, avec les chiffres romains : XXIV fois XIII. C’est presque impossible sans recourir à des astuces, parce que les chiffres romains n’ont pas une valeur qui dépend de la position et n’ont pas de zéro. Pour faire les calculs, au Moyen Âge, les marchands utilisaient l’abaque, une table avec des petits cailloux ou des jetons sur laquelle on déplaçait les nombres, et ils devaient écrire les résultats en chiffres romains. Calculer était un travail de spécialistes.

Pendant ce temps, en Inde, depuis quelques siècles, on utilisait un système beaucoup plus pratique, que les Arabes avaient repris et répandu dans leur monde : dix chiffres, de 0 à 9, où chaque chiffre vaut plus ou moins selon la place où il se trouve. Le nombre 222 écrit ainsi contient trois fois le même symbole, mais chacun vaut une chose différente : deux cents, vingt et deux. En Europe, presque personne ne le connaissait.

Un garçon de Pise en Afrique

Léonard naquit à Pise vers 1170. Son père, Guglielmo Bonacci, était un fonctionnaire qui travaillait pour les marchands pisans à Bougie, en Algérie, un port animé où se rencontraient des commerçants de nombreux pays. Dans sa jeunesse, Léonard y fut envoyé et apprit le calcul avec les chiffres indiens auprès de maîtres arabes. Il fut frappé de voir à quel point cette méthode était pratique et précise, comparée à la méthode européenne.

Il voyagea ensuite en Égypte, en Syrie, en Grèce, en Sicile et en Provence, pour les affaires et pour l’étude, et compara les différentes méthodes de calcul qu’il rencontrait. Quand il rentra à Pise, il décida d’écrire un livre pour expliquer tout cela aux Européens.

Le Liber abaci

Le livre parut en 1202. Il s’intitule « Liber abaci », c’est-à-dire « Livre du calcul » (le mot « abaque » n’indique pas ici l’instrument, mais l’art de calculer). C’est un énorme traité en latin, divisé en quinze chapitres. Au début, il explique les neuf chiffres indiens et le signe « 0 », qu’il appelle « zephirum », de l’arabe, d’où viennent nos mots « zéro » et « chiffre ». Ensuite, il enseigne à faire des additions, des soustractions, des multiplications et des divisions avec ce système, à travailler avec les fractions et à résoudre des problèmes pratiques : comment partager les gains entre associés, comment changer les monnaies, comment calculer les intérêts, comment mélanger des métaux.

Le livre contient aussi des problèmes curieux, comme celui des lapins : un couple de lapins, au bout d’un mois, devient adulte et chaque mois suivant donne naissance à un nouveau couple ; combien y a-t-il de couples au bout d’un an ? La réponse forme une suite de nombres, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, où chaque nombre est la somme des deux précédents. Aujourd’hui, on l’appelle « suite de Fibonacci », un nom donné bien plus tard, au XIXe siècle (Fibonacci est une abréviation de « filius Bonacci », fils de Bonaccio).

Un mathématicien apprécié

Le livre ne changea pas le monde tout de suite : les nouveaux chiffres furent regardés avec méfiance, parce que le zéro semblait facile à falsifier, et à Florence, en 1299, l’Arte del Cambio, la corporation des changeurs, les interdit même dans ses propres registres. Mais les marchands en comprirent les avantages, et dans les « écoles d’abaque » des villes italiennes, les garçons apprenaient le calcul pratique.

Léonard fut connu aussi à la cour de l’empereur Frédéric II, qui, vers 1225, le mit à l’épreuve avec quelques problèmes, qu’il résolut. En 1241, la commune de Pise lui attribua une rémunération annuelle pour son travail de conseiller des comptes publics. Nous ne savons pas avec précision quand il mourut : peut-être après 1240. À Pise, une statue lui est dédiée dans le Camposanto, près de la place de la célèbre tour penchée.

Pourquoi c’est arrivé

Le commerce en Méditerranée avait besoin d’une façon rapide, pratique et précise de faire les comptes, surtout pour changer les monnaies, calculer les intérêts et partager les gains. Les marchands pisans avaient des relations avec le monde arabe.

Léonard eut l’occasion, dans sa jeunesse, d’entrer en contact avec les mathématiques arabes et indiennes, et le talent de les expliquer de manière ordonnée et compréhensible aux marchands.

Ce qui a changé

Le système de numération indo-arabe se répandit en Europe au cours des siècles suivants, aidé par l’imprimerie, et il est utilisé aujourd’hui dans le monde entier. Il a rendu possibles la comptabilité moderne, les banques et, bien des siècles plus tard, la science et l’informatique.

La suite de Fibonacci est devenue célèbre. Le rapport entre un nombre et le précédent se rapproche de 1,618, le « nombre d’or », et la suite apparaît dans beaucoup de phénomènes naturels, comme les spirales des graines de tournesol et des pommes de pin. Elle n’explique pas tout, comme on le dit souvent, mais c’est un exemple de la façon dont les mathématiques se trouvent dans la nature.

Le livre lança en Europe l’étude de l’algèbre et du calcul, et prépara le terrain à des mathématiciens comme Cardan et Tartaglia au XVIe siècle.

Personnes et lieux clés

Personnes

Léonard Fibonacci (Léonard de Pise)
Mathématicien de Pise (vers 1170 - après 1240) : il écrivit le Liber abaci.
Guglielmo Bonacci
Père de Léonard, fonctionnaire des marchands pisans à Bougie.
Frédéric II
Empereur (1194-1250) : il mit Léonard à l’épreuve avec des problèmes.
Al-Khwarizmi
Mathématicien persan (vers 780-850) : son nom a donné le mot « algorithme » ; ses œuvres furent une source pour Léonard.

Lieux

Pise
Ville natale de Léonard, important port commercial.
Bougie (Béjaïa, Algérie)
Port d’Afrique du Nord où Léonard apprit les chiffres indo-arabes.

À savoir

  • Le mot « zéro » et le mot « chiffre » viennent tous les deux de l’arabe.
  • Le nom « Fibonacci » est une abréviation de « filius Bonacci ».
  • À Florence, en 1299, les changeurs eurent l’interdiction d’utiliser les chiffres arabes dans leurs registres.
  • La suite de Fibonacci était déjà connue en Inde des siècles auparavant.
  • Léonard apprit les chiffres indo-arabes en Algérie, dans sa jeunesse.

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