Hildegarde de Bingen
vers 1150 Rupertsberg, près de Bingen-sur-le-Rhin (Allemagne)
En bref
Hildegarde de Bingen était une religieuse allemande qui dirigeait un monastère sur le Rhin. Elle a écrit des livres sur ses visions religieuses, mais aussi sur les plantes, les animaux et les maladies, avec des conseils pour se soigner. Elle a composé beaucoup de musique pour des chants religieux, que l’on joue encore aujourd’hui dans les concerts. Elle correspondait avec des papes et des empereurs, ce qui était très rare pour une femme de son temps. En 2012, elle a été proclamée docteur de l’Église.
Pourquoi c’est important Elle a été l’un des esprits les plus originaux du Moyen Âge, capable de réunir foi, science et art.
Source : Encyclopaedia Britannica, « Saint Hildegard »

Fiche pour étudier environ 5 minutes de lecture
Le récit
La petite fille qui voyait la lumière
Hildegarde naquit en 1098 à Bermersheim, en Allemagne, dans une famille noble. C’était la dixième enfant, et à cette époque, quand une famille avait beaucoup d’enfants, le dernier était parfois offert à l’Église comme une sorte de « dîme » : un don à Dieu. Petite fille fragile et souvent malade, Hildegarde raconta plus tard avoir vu, dès son enfance, une lumière spéciale, qu’elle appelait « la lumière vivante », et qui lui montrait des images et lui donnait des idées.
À huit ans, peut-être à quatorze, selon les sources, elle fut confiée à une jeune religieuse, Jutta, qui vivait avec un groupe de femmes près du monastère d’hommes de Disibodenberg, sur la rivière Nahe. Là, elle apprit à lire, à prier, à chanter les psaumes en latin et reçut une première instruction, modeste mais essentielle. Quand Jutta mourut, en 1136, les autres moniales élurent Hildegarde pour guide (« magistra »).
« Écris ce que tu vois »
En 1141, à environ quarante-trois ans, Hildegarde raconta avoir entendu une voix du ciel lui dire d’écrire ce qu’elle voyait et entendait. Au début, elle eut peur : elle pensait ne pas en avoir le droit, étant une femme et peu instruite. Elle tomba malade. Quand elle se décida, elle travailla pendant dix ans à son premier livre, le « Scivias » (peut-être de « Sci vias Domini », c’est-à-dire « Connais les voies du Seigneur »), qui décrit vingt-six visions, avec des explications sur les mystères de la foi. Les images, des miniatures colorées, montrent des cercles de feu, des colonnes, des hommes et des animaux.
Pour être sûre que son écrit soit accepté, Hildegarde demanda l’avis de Bernard de Clairvaux, le moine le plus influent de l’époque, et le pape Eugène III, réuni en synode à Trèves en 1147-1148, fit lire le texte et l’approuva. À partir de ce moment, son nom devint célèbre dans toute l’Europe.
Le couvent sur le Rhin
Vers 1150, Hildegarde transféra ses moniales dans un nouveau monastère, à Rupertsberg, près de Bingen-sur-le-Rhin, malgré les protestations des moines de Disibodenberg qui ne voulaient pas perdre l’abbaye la plus prestigieuse. Elle y organisa une vie d’étude, de prière et de travail. En 1165, elle fonda un second monastère, à Eibingen, de l’autre côté du fleuve.
Hildegarde écrivit énormément : des livres de théologie, deux traités de sciences naturelles et de médecine, la « Physica » et la « Causae et curae », où elle parle de plantes, d’animaux, de pierres et de maladies, en mêlant de vraies observations et des idées de l’époque que nous savons aujourd’hui fausses. Elle composa environ soixante-dix chants et un petit drame musical, l’« Ordo Virtutum », dans lequel les Vertus luttent contre le Diable, qui est le seul personnage à ne pas chanter mais à parler. Elle inventa aussi une langue secrète, la « lingua ignota », avec environ mille mots.
Aux grandes fêtes, ses moniales chantaient avec de longs voiles blancs de soie et des couronnes sur la tête, ce qui suscita les critiques de certains religieux, qui trouvaient ce luxe peu adapté à des sœurs. Hildegarde répondit avec fermeté que la beauté est une façon de louer Dieu.
Elle entretenait une correspondance très abondante : on a conservé près de quatre cents de ses lettres, adressées à des papes, des empereurs, des évêques et de simples moniales. Elle écrivit aussi à l’empereur Frédéric Barberousse, pour le réprimander quand il se comportait mal. Entre 1158 et 1171, elle fit quatre voyages de prédication le long du Rhin et en Allemagne, ce qui était rarissime pour une femme de son temps.
Une sainte et docteur de l’Église
Hildegarde mourut au monastère de Rupertsberg le 17 septembre 1179, à quatre-vingt-un ans. Pour beaucoup, elle fut tout de suite considérée comme une sainte ; pour l’Église, la reconnaissance officielle arriva bien plus tard, en 2012, quand le pape Benoît XVI la proclama sainte pour toute l’Église et « docteur de l’Église », un titre donné à très peu de personnes, dont peu de femmes.
Pourquoi c’est arrivé
Hildegarde fut aidée par son intelligence et sa forte personnalité, mais aussi par le fait que dans les monastères les femmes pouvaient recevoir une instruction et diriger des communautés. Un monastère féminin était l’un des rares endroits où une femme du Moyen Âge pouvait étudier et écrire.
Le soutien de personnes puissantes, comme Bernard de Clairvaux et le pape, et sa renommée de mystique lui donnèrent l’autorité d’être écoutée même par des empereurs et des évêques.
Ce qui a changé
Ses œuvres forment l’un des rares grands ensembles d’écrits d’une femme du Moyen Âge. Elles nous montrent comment une religieuse pensait, soignait et voyait le monde. Sa musique, redécouverte au XXe siècle, est aujourd’hui jouée et enregistrée dans le monde entier.
Ses recettes d’herbes et de soins, même mêlées à des idées anciennes, sont étudiées par les historiens de la médecine, tandis que tout ce que l’on trouve aujourd’hui en son nom n’est pas vraiment d’elle : beaucoup de produits « d’Hildegarde » sont des inventions modernes.
En 2012, elle est devenue docteur de l’Église. Son exemple rappelle qu’au Moyen Âge il y eut aussi des femmes qui écrivirent, composèrent de la musique et conseillèrent les puissants.
Personnes et lieux clés
Personnes
- Hildegarde de Bingen
- Moniale bénédictine, écrivaine et compositrice (1098-1179) : abbesse et visionnaire.
- Jutta de Sponheim
- Religieuse (vers 1091-1136) : première maîtresse et guide d’Hildegarde.
- Bernard de Clairvaux
- Abbé et prédicateur (1090-1153) : il reçut une lettre d’Hildegarde.
- Eugène III
- Pape de 1145 à 1153 : il approuva ses écrits.
- Frédéric Barberousse
- Empereur (vers 1122-1190) : il reçut des lettres d’Hildegarde.
Lieux
- Rupertsberg (Bingen)
- Le monastère fondé vers 1150 sur le Rhin.
- Disibodenberg
- Le monastère où Hildegarde grandit, le long de la rivière Nahe.
- Eibingen
- Le second monastère, fondé en 1165 sur la rive opposée du Rhin.
À savoir
- Hildegarde inventa une langue secrète, la « lingua ignota », avec environ mille mots.
- Elle composa environ soixante-dix chants et un drame musical, l’Ordo Virtutum.
- Elle fit quatre voyages de prédication entre 1158 et 1171.
- On a conservé près de 400 de ses lettres.
- En 2012, le pape Benoît XVI la déclara docteur de l’Église.
Pour aller plus loin
- Wikipédia, article « Hildegarde de Bingen » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Scivias » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Ordo virtutum » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Lingua Ignota » fr.wikipedia.org
Événements liés
- Le style gothique à Saint-Denis1144 · Bas Moyen ÂgeHildegarde vécut dans les années où naquit le gothique.
- Frédéric Barberousse1155 · Bas Moyen ÂgeElle écrivit aussi à Frédéric Barberousse.
- François d’Assisevers 1182 · Bas Moyen ÂgeFrançois d’Assise, un siècle plus tard, fut un autre grand religieux du Moyen Âge.
- L’université de Bolognevers 1088 · Bas Moyen ÂgeDes femmes comme Hildegarde trouvaient aussi dans les monastères une forme d’instruction.
Avant et après, dans l’ère « Bas Moyen Âge »
Événement 10 sur 25
AvantLa croissance des villes médiévalesvers 1050
AvantLe schisme d’Orient1054
AvantLa tapisserie de Bayeuxvers 1070
AvantL’université de Bolognevers 1088
AvantLa première croisade1096-1099
AvantLes communes italiennesvers 1100
AvantLes cathédrales romanesvers 1100
AvantLes moulins à eau et à ventvers 1100
AvantLe style gothique à Saint-Denis1144
Tu es iciHildegarde de Bingenvers 1150
AprèsLe papier en Europevers 1150
AprèsFrédéric Barberousse1155
AprèsFrançois d’Assisevers 1182
AprèsFibonacci et le Liber abaci1202
AprèsLa Grande Charte1215
AprèsLe florin d’or1252
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AprèsLes lunettes de vuevers 1286
AprèsLa Hanse et le commerce du Nordvers 1300
AprèsGiotto peint à Padouevers 1305
AprèsDante commence la Divine Comédievers 1307
AprèsLa guerre de Cent Ans1337-1453
AprèsLa peste noire1347-1352
AprèsLes horloges mécaniques publiquesvers 1350
AprèsJeanne d’Arc1429
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Autres événements de l’ère « Bas Moyen Âge »
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