Aller au contenu
Storiascopio
FR
Retour à : Bas Moyen Âge

8 · Bas Moyen Âge science et technique

Le papier en Europe

vers 1150 Xàtiva, près de Valence (Espagne)

En bref

Les Arabes ont apporté la technique du papier jusqu’en Espagne, qui était alors en partie sous leur gouvernement. Vers 1150, le géographe al-Idrissi a décrit Xàtiva, près de Valence, comme un lieu où l’on fabriquait un excellent papier. En Italie, la production a augmenté à partir du XIIIe siècle, surtout à Fabriano, dans les Marches, où est né le filigrane, un dessin que l’on voit par transparence. Le papier se faisait avec des chiffons de lin et de chanvre réduits en bouillie.

Pourquoi c’est important Sans le papier, bien moins cher que le parchemin, l’imprimerie de Gutenberg n’aurait pas eu de succès.

Source : Encyclopaedia Britannica, « Papermaking »

Illustration : Le papier en Europe (Xàtiva, près de Valence (Espagne))
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
Le papier en Europe : Xàtiva, près de Valence (Espagne)
Où : Xàtiva, près de Valence (Espagne)

Fiche pour étudier environ 5 minutes de lecture

Le récit

Des livres écrits sur des peaux d’animaux

Au Moyen Âge, en Europe, les livres s’écrivaient en général sur du parchemin, c’est-à-dire sur de la peau de mouton, de chèvre ou de veau, lavée, raclée et tendue. Le parchemin était résistant et beau, mais cher : pour une Bible entière, il fallait les peaux de centaines d’animaux. C’est pour cela que les livres étaient rares, et très précieux. Celui qui écrivait une lettre, un contrat ou un compte devait y réfléchir à deux fois, car il ne pouvait pas gaspiller de matière.

Pendant ce temps, en Orient, on utilisait depuis des siècles un matériau bien moins cher : le papier. Selon la tradition chinoise, c’est un fonctionnaire nommé Cai Lun qui, en 105 apr. J.-C., présenta à l’empereur une nouvelle façon de le fabriquer, avec des chiffons, de l’écorce et des filets de pêche, réduits en bouillie puis étalés pour sécher sur une grille. En réalité, les archéologues ont trouvé des fragments de papier plus anciens, mais Cai Lun améliora la technique.

Le long voyage vers l’ouest

Pendant des siècles, la Chine garda le secret. Le papier arriva dans le monde islamique, selon la tradition, après la bataille du Talas (751), en Asie centrale, où des prisonniers chinois auraient enseigné le métier à Samarcande ; les historiens sont prudents sur ce récit, mais ils savent qu’à Samarcande on faisait du papier au VIIIe siècle. En 794, une fabrique naquit à Bagdad, et le métier se répandit en Syrie, en Égypte et au Maghreb.

Du monde arabe, le papier arriva en Europe par l’Espagne musulmane. La ville de Xàtiva, près de Valence, devint célèbre pour ses papeteries : vers 1150, le géographe arabe al-Idrissi écrivit qu’on y faisait un papier de qualité inférieure à aucun autre, qui s’exportait en Orient et en Occident. Le souvenir de ce centre est resté : le nom de Xàtiva est lié à l’une des plus anciennes productions européennes de papier.

Fabriano et les nouveautés européennes

En Italie, le papier arriva dans quelques ports, comme Amalfi et Gênes, mais le centre le plus important fut Fabriano, dans les Marches, où, à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, les papeteries devinrent nombreuses. Les papetiers italiens améliorèrent le procédé avec quelques inventions. Ils utilisèrent des roues à eau pour faire bouger des maillets qui broyaient les chiffons de lin et de chanvre ; ils remplacèrent la colle d’amidon par la gélatine tirée de peaux d’animaux, qui rendait le papier plus résistant à l’encre ; et ils créèrent les filigranes.

Le filigrane est un dessin, ou un signe, qui apparaît en transparence quand on regarde la feuille à contre-jour. On l’obtient avec un fil métallique plié en forme de figure, cousu sur le cadre où l’on recueille la pâte. Les premiers filigranes apparurent à Fabriano en 1282. Ils servaient aux fabricants à reconnaître leurs feuilles, et aujourd’hui ils servent aux historiens à dater les documents.

Au début, en Europe, le papier fut regardé avec méfiance, parce qu’on pensait qu’il durerait moins que le parchemin et qu’il était un produit des musulmans. On raconte que l’empereur Frédéric II, en 1231, interdit de l’utiliser pour les documents publics les plus importants. Avec le temps, pourtant, le prix bas l’emporta : les marchands l’utilisèrent pour leurs livres de comptes, les notaires pour leurs contrats et les maîtres pour les cahiers des étudiants.

Le métier de chiffonnier

Pour faire du papier, il fallait énormément de chiffons de lin, de chanvre et de coton. Les chiffonniers les ramassaient dans les maisons et les vendaient aux papeteries. On laissait pourrir les chiffons, puis on les battait dans des moulins jusqu’à en faire une bouillie claire. Le papetier plongeait un cadre à treillis dans la cuve, le soulevait avec une mince couche de bouillie et le secouait ; les feuilles qui venaient de se former étaient empilées, pressées et mises à sécher.

Pourquoi c’est arrivé

Les villes, les marchés et les monastères avaient besoin d’écrire de plus en plus : contrats, comptes, lettres, registres. Avec le parchemin, cela aurait coûté trop cher.

L’Espagne musulmane était un point de rencontre entre l’Orient et l’Occident, et les marchands et les voyageurs apportaient avec eux des techniques et des marchandises. Les papetiers italiens, déjà habitués à travailler avec des machines à eau, surent l’améliorer.

Ce qui a changé

Le papier rendit les livres et les documents beaucoup moins chers. Aux XIVe et XVe siècles, en Europe, la quantité de lettres, de registres, d’actes notariés et de livres copiés à la main augmenta.

Quand, vers 1455, Johannes Gutenberg inventa l’imprimerie à caractères mobiles, le papier existait déjà, en abondance et à bas prix : sans lui, l’imprimerie n’aurait pas pu se répandre aussi vite. Le mot « rame », de l’arabe « rizma », c’est-à-dire ballot, rappelle cette origine.

Les dessins, les plans des architectes et les cartes devinrent eux aussi plus simples à faire et à conserver. Le papier est encore aujourd’hui l’une des inventions les plus utilisées au monde.

Personnes et lieux clés

Personnes

Cai Lun
Fonctionnaire chinois (mort en 121) : selon la tradition, il perfectionna le papier en 105 apr. J.-C.
Al-Idrissi
Géographe arabe (vers 1100-1165) : il fit l’éloge du papier de Xàtiva.
Les papetiers de Fabriano
Artisans des Marches qui inventèrent le filigrane et le papier à la gélatine.

Lieux

Xàtiva (Espagne)
Ville près de Valence, siège de l’une des premières papeteries européennes.
Fabriano (Marches)
Ville italienne des papeteries, du XIIIe siècle à aujourd’hui.
Samarcande
Ville d’Asie centrale où l’on produisit du papier dès le VIIIe siècle.

À savoir

  • Pour une Bible en parchemin, il fallait les peaux de centaines d’animaux.
  • Le filigrane apparaît pour la première fois à Fabriano en 1282.
  • Le papier se faisait avec des chiffons de lin et de chanvre.
  • Le mot « rame » vient de l’arabe.
  • Le nom de Cai Lun est lié, selon la tradition, à l’invention du papier en 105 apr. J.-C.

Pour aller plus loin

Événements liés

Avant et après, dans l’ère « Bas Moyen Âge »

Événement 11 sur 25

Les 25 événements de l’ère · Ouvrir la grande frise

Écoute / Lis aussi

  • Musique pour lire : Cinematic JourneyMusique épique de film, sans paroles, de Ciro Simone IrmiciSpotifyYouTube Music

Pendant ce temps, ailleurs dans le monde

Autres événements de l’ère « Bas Moyen Âge »

Photo de Ciro Simone Irmici

Qui est derrière

Ciro Simone Irmici

Je m’appelle Ciro Simone Irmici et je crée des sites gratuits pour apprendre et jouer. J’ai créé Storiascopio avec l’intelligence artificielle et je vérifie moi-même chaque fiche et chaque source. Je ne suis pas historien : si tu trouves une erreur ou si tu veux un événement de plus pour ta classe, écris-moi.

Mes autres projets : livres audio gratuits sur YouTube · ebooks sur Gumroad · Apple Books · musique sur Spotify et YouTube Music