Isidore écrit les Étymologies
vers 625 apr. J.-C. Séville, Espagne
En bref
Isidore était évêque de Séville, en Espagne, au temps des rois wisigoths. Il a rassemblé en vingt livres tout ce que l’on savait à son époque : la grammaire, la médecine, les animaux, les pierres, les villes, même les navires et les vêtements. Pour expliquer les choses, il partait souvent de l’origine des mots, et c’est pourquoi l’œuvre s’appelle Étymologies. Certaines explications sont fantaisistes, et pourtant elle a été copiée et lue dans toute l’Europe pendant des siècles.
Pourquoi c’est important C’est une sorte d’ancienne encyclopédie, qui a fait le lien entre le savoir antique et le savoir médiéval.
Source : Encyclopaedia Britannica, « Saint Isidore of Seville »

Fiche pour étudier environ 6 minutes de lecture
Le récit
Un évêque des Wisigoths
Isidore naît vers 560 à Carthagène, en Espagne, dans un territoire qui était alors encore en partie sous domination byzantine. Ses parents moururent quand il était jeune, et il fut élevé par son frère aîné Léandre, qui était évêque de Séville. Quand Léandre mourut, en 601, Isidore prit sa place. Il resta évêque pendant plus de trente ans, jusqu’à sa mort, le 4 avril 636.
L’Espagne d’Isidore était gouvernée par les rois wisigoths, un peuple germanique dont nous avons parlé à propos des royaumes romano-germaniques. À son époque, les Wisigoths avaient récemment quitté l’arianisme pour le catholicisme, et les évêques avaient un rôle très important. Isidore présida le deuxième et le troisième concile provincial de Séville et le quatrième concile national de Tolède, en 633 : des réunions d’évêques où l’on discutait des règles de l’Église et aussi de questions du royaume.
Un homme qui voulait conserver le savoir
Isidore vécut à une époque où le monde romain était désormais fini. Lui choisit de faire un travail énorme : rassembler en une seule œuvre ce que l’on savait. Il écrivit beaucoup : un traité sur la nature appelé De natura rerum, qui part du temps et du ciel pour arriver au climat, à la mer et à la terre ; une histoire des Goths, des Vandales et des Suèves ; une règle pour les moines en 25 chapitres ; les trois livres des Sentences, qui sont son deuxième texte le plus lu au Moyen Âge, avec plus de cinq cents manuscrits conservés. Mais son œuvre la plus célèbre, ce sont les Étymologies.
Les Étymologies
Le titre latin est Etymologiarum sive Originum libri XX, c’est-à-dire « Vingt livres d’étymologies ou d’origines ». L’idée de base était la suivante : pour bien comprendre une chose, il faut comprendre d’où vient son nom. Isidore était convaincu que la forme d’un mot révélait l’essence de ce qu’il désigne. Ainsi, chaque fois qu’il parlait de quelque chose, il remontait à son origine.
Les vingt livres touchent presque tous les sujets. Les trois premiers sont consacrés aux arts libéraux, c’est-à-dire les matières qu’on étudiait à l’école : grammaire, rhétorique et dialectique, puis arithmétique, géométrie, musique et astronomie. Le quatrième parle de médecine, le cinquième des lois et du temps. Suivent les livres sur l’Église, sur Dieu et les anges, sur les langues et les peuples. Puis on passe aux êtres humains et aux animaux, au monde et à la terre, aux bâtiments et aux champs, aux pierres et aux métaux, à l’agriculture, à la guerre et aux jeux, aux navires et aux vêtements, et enfin à la maison et aux outils domestiques. Le dixième livre est le seul dans l’ordre alphabétique, et il rassemble des mots avec leur explication.
Qu’est-ce qu’Isidore a écrit de lui-même ? Peu de chose : une grande partie du contenu vient d’auteurs plus anciens, romains et chrétiens, qu’il résuma et mit en ordre. Son mérite est justement d’avoir sauvé et organisé ce savoir.
Étymologies justes, étymologies fantaisistes
Certaines explications sont exactes. Isidore fait dériver dominus, « maître », de domus, « maison » : et en effet le dominus était le maître de la maison. D’autres sont fantaisistes. Le vin, en latin vinum, vient pour lui des veines, venae, parce qu’il « rafraîchit » les veines. Les joues, genae, et les genoux, genua, seraient liés parce que dans le ventre de la mère le corps de l’enfant est recroquevillé et les genoux touchent les joues. Nous savons aujourd’hui que la linguistique moderne ne fonctionne pas ainsi, mais pour Isidore et pour ses lecteurs, l’explication était une façon de se souvenir.
Une œuvre inachevée
Isidore travailla aux Étymologies pendant des années. Quand il tomba malade, il ne put pas terminer la révision finale et confia la tâche à son disciple Braulion, évêque de Saragosse. Braulion lui avait lui-même demandé de lui envoyer les livres complets et bien reliés entre eux, parce qu’il circulait des versions fragmentaires. Le texte remonte, dans sa forme définitive, à environ 636, mais le travail commença bien avant : c’est pourquoi les spécialistes parlent d’une œuvre écrite sur plusieurs années, dont on ne connaît pas l’année exacte, et la frise chronologique la place vers 625.
Le succès à travers les siècles
Après la Bible, les Étymologies furent l’un des textes les plus copiés du Moyen Âge : il en reste environ mille manuscrits. Pendant des siècles, ce fut un texte éducatif central. L’œuvre influença les grands dictionnaires et les encyclopédies du Moyen Âge suivant. Le poète anglais Chaucer la connaissait, et Dante, dans le Paradis, place Isidore dans le Ciel du Soleil, parmi les esprits sages.
En 1472, les Étymologies furent parmi les premières œuvres médiévales à être imprimées, à Augsbourg, en Allemagne, par Günther Zainer. Dans cette édition apparaît, au livre XIV, la première carte du monde imprimée.
Isidore est vénéré comme saint et il est Docteur de l’Église. Beaucoup le considèrent, de façon non officielle, comme le saint patron d’Internet.
Pourquoi c’est arrivé
Après la fin de l’empire d’Occident, le savoir des Grecs et des Romains risquait de se disperser dans de nombreux écrits différents. Isidore, évêque et savant, décida de le rassembler en une seule œuvre, en réunissant ce qu’il avait trouvé dans les livres d’auteurs romains et chrétiens plus anciens.
Il y avait ensuite sa façon de raisonner : Isidore croyait que la forme d’un mot révélait l’essence de la chose, et expliquer l’origine des noms lui semblait donc la meilleure manière d’ordonner et de comprendre le monde.
Ce qui a changé
Les Étymologies devinrent pendant des siècles la grande encyclopédie de l’Europe chrétienne : celui qui voulait savoir quelque chose sur la grammaire, les animaux, la médecine ou la géographie pouvait en trouver un résumé. Elles servirent de pont entre le savoir antique et le savoir médiéval.
L’œuvre influença les grands dictionnaires et encyclopédies de la fin du Moyen Âge, et Isidore était considéré comme une autorité.
Sa limite est claire : il ne distingue pas entre explications vraies et fantaisistes. Mais il est vrai aussi que, sans Isidore, beaucoup d’informations sur des auteurs anciens auraient été perdues.
Personnes et lieux clés
Personnes
- Isidore de Séville
- Évêque de Séville de 601 à 636, auteur des Étymologies ; saint et Docteur de l’Église.
- Léandre
- Frère aîné d’Isidore et évêque de Séville avant lui : il l’éleva après la mort de leurs parents.
- Braulion de Saragosse
- Évêque et disciple d’Isidore : il prépara la version finale des Étymologies quand le maître tomba malade.
- Günther Zainer
- Imprimeur d’Augsbourg qui publia en 1472 la première édition imprimée des Étymologies.
Lieux
- Séville
- Ville du sud de l’Espagne, siège de l’évêché d’Isidore.
- Carthagène
- Ville de la côte espagnole où Isidore naquit vers 560.
- Tolède
- Capitale du royaume wisigoth : c’est ici qu’en 633 se tint le quatrième concile national présidé par Isidore.
À savoir
- Les Étymologies sont divisées en vingt livres, et seul le dixième est dans l’ordre alphabétique.
- Pour Isidore, le vin (vinum) tirait son nom des veines (venae), parce qu’il « rafraîchit » le sang : une étymologie fantaisiste.
- Dans l’édition imprimée en 1472 apparaît la première carte du monde imprimée.
- Dante place Isidore dans le Ciel du Soleil du Paradis.
- Beaucoup considèrent Isidore, de façon non officielle, comme le saint patron d’Internet : l’Église ne l’a jamais déclaré officiellement.
Pour aller plus loin
- Wikipédia, article « Isidore de Séville » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Etymologiae » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Wisigoths » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Tolède » fr.wikipedia.org
Événements liés
- Les royaumes romano-germaniquesvers 480 apr. J.-C. · Haut Moyen ÂgeIsidore vécut dans le royaume wisigoth de Tolède, l’un des royaumes romano-germaniques.
- Les moines bénédictinsvers 529 apr. J.-C. · Haut Moyen ÂgeComme Benoît, Isidore écrivit une règle pour les moines.
- La renaissance carolingiennevers 790 apr. J.-C. · Haut Moyen ÂgeDans les siècles suivants, les copistes médiévaux continuèrent à copier des livres comme les Étymologies.
- L’expansion de l’islam632 apr. J.-C.-750 · Haut Moyen ÂgeLe royaume wisigoth d’Isidore tomba en 711 devant les Arabes.
Avant et après, dans l’ère « Haut Moyen Âge »
Événement 9 sur 25
AvantLes royaumes romano-germaniquesvers 480 apr. J.-C.
AvantJustinien devient empereur527 apr. J.-C.
AvantLe Code de Justinien529 apr. J.-C.
AvantLes moines bénédictinsvers 529 apr. J.-C.
AvantSainte-Sophie à Constantinople537 apr. J.-C.
AvantLes mosaïques de San Vitale à Ravenne547 apr. J.-C.
AvantLes Lombards en Italie568 apr. J.-C.
AvantL’hégire de Mahomet622 apr. J.-C.
Tu es iciIsidore écrit les Étymologiesvers 625 apr. J.-C.
AprèsL’expansion de l’islam632 apr. J.-C.-750
AprèsLe papier arrive à Samarcandevers 751 apr. J.-C.
AprèsCharlemagne, roi des Francs768 apr. J.-C.
AprèsLa renaissance carolingiennevers 790 apr. J.-C.
AprèsLe Livre de Kellsvers 800 apr. J.-C.
AprèsCharlemagne, empereur800 apr. J.-C.
AprèsLes chiffres indo-arabes vers l’Occidentvers 825 apr. J.-C.
AprèsLa notation musicale par neumesvers 850 apr. J.-C.
AprèsLe Sûtra du Diamant, plus ancien livre imprimé daté868 apr. J.-C.
AprèsAlfred le Grand871 apr. J.-C.
AprèsLes Vikings atteignent l’Islandevers 874 apr. J.-C.
AprèsLe système féodal se répandvers 900 apr. J.-C.
AprèsL’École de médecine de Salernevers 950 apr. J.-C.
AprèsLes Vikings au Groenlandvers 985 apr. J.-C.
AprèsLeif Erikson en Amérique du Nordvers 1000
AprèsLa charrue lourde se répandvers 1000
Écoute / Lis aussi
- Musique pour lire : Cinematic JourneyMusique épique de film, sans paroles, de Ciro Simone IrmiciSpotifyYouTube Music
Pendant ce temps, ailleurs dans le monde
Autres événements de l’ère « Haut Moyen Âge »
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