Le béton romain
vers 150 av. J.-C. Pouzzoles et Rome
En bref
Les Romains ont découvert qu’en mélangeant de la chaux, de l’eau, des pierres et une cendre volcanique appelée pouzzolane, on obtenait un matériau très solide. Son nom vient de Pouzzoles, près de Naples, où cette cendre se trouvait en abondance. Le béton romain durcissait même sous l’eau, ce qui a permis de construire des ports, des ponts et de grandes coupoles. Certains ouvrages faits ainsi résistent depuis presque deux mille ans.
Pourquoi c’est important Sans ce matériau, beaucoup des constructions les plus grandes et les plus audacieuses de l’empire n’auraient jamais existé.
Source : Encyclopaedia Britannica, « Concrete »

Fiche pour étudier environ 6 minutes de lecture
Le récit
Une pierre liquide
Imagine que tu puisses construire un mur, une voûte, un arc, en versant une bouillie dans un moule et en attendant qu’elle durcisse jusqu’à devenir dure comme la pierre. Aujourd’hui, nous appelons cela le béton, et c’est le matériau le plus utilisé dans la construction. Les Romains en employèrent une version bien à eux, qu’ils appelaient opus caementicium, c’est-à-dire « ouvrage de moellons ». Ce fut l’un des secrets de leur réussite.
Ce ne fut pas une invention soudaine. Il semble que la technique se soit développée progressivement entre le IIIe et le IIe siècle avant Jésus-Christ. Au début, c’était un matériau pauvre, utilisé pour des remblais et des constructions privées, avec un mortier encore imparfait. Il y a des exemples à Pompéi qui remonteraient au milieu du IIIe siècle. Puis les constructeurs découvrirent comment le rendre bien plus résistant.
La recette des Romains
La base était la chaux. On l’obtient en chauffant de la pierre calcaire dans un four à une température d’environ 900 degrés ou moins : le produit s’appelle la chaux vive. Quand on la mélange avec de l’eau, elle « s’éteint » et devient une pâte, qui sert de liant, c’est-à-dire de colle. Fabriquer la chaux demande beaucoup moins d’énergie que produire le ciment Portland moderne.
Le vrai secret, pourtant, était un ingrédient : la pouzzolane, une cendre volcanique. Son nom vient de Pouzzoles, la ville près de Naples, dans les Champs Phlégréens, où l’on en extrayait en abondance. Les pouzzolanes les plus résistantes venaient justement des zones volcaniques du golfe de Naples. L’écrivain romain Vitruve décrivait le sable de carrière en plusieurs couleurs et conseillait la « poudre de Pouzzoles » pour les ouvrages dans l’eau. Mélangée à la chaux et à l’eau, la pouzzolane réagit et donne un mortier bien plus solide et durable que la chaux seule.
Au mortier, on ajoutait des pierres et des fragments, les caementa, souvent de tuf, une roche volcanique tendre. Le mélange était coulé dans des coffrages de bois, c’est-à-dire des moules. Les faces extérieures des murs, les parements, étaient finies de plusieurs façons, que les archéologues désignent par le mot « appareil » : l’opus incertum avec des pierres irrégulières, l’opus reticulatum avec de petites pyramides de pierre disposées comme un filet, et l’opus testaceum avec des tuiles et des briques. Aujourd’hui encore, en regardant un mur romain, on peut reconnaître ces motifs.
Durcir même sous l’eau
Une caractéristique spéciale du mélange à la pouzzolane est qu’il prend même sous l’eau. L’eau, au lieu d’abîmer le mélange, l’aide à durcir. C’est pourquoi les Romains réussirent à construire des môles, des ports, des piles de ponts et des fondations en mer. Si le matériau n’avait pas eu cette propriété, beaucoup d’ouvrages portuaires auraient été impossibles.
Voûtes, arcs et coupoles
Le béton ne servait pas seulement pour les murs. On pouvait le couler sur des structures de bois, les cintres, pour former des arcs, des voûtes et des coupoles. Les premières voûtes connues sont celles du Portique Émilien, vers 174 av. J.-C. Avec ce matériau, les architectes romains purent couvrir de grands espaces intérieurs sans remplir la salle de colonnes. Le Panthéon en est l’exemple le plus grandiose : sa coupole, d’un diamètre de plus de 43 mètres, fut faite avec un béton lourd à la base, avec des éclats de travertin et de tuf, et de plus en plus léger vers le haut, où l’on utilisait de la pierre ponce et des lapilli volcaniques. L’épaisseur de la coupole passe de plus de 6 mètres à la base à un peu plus d’un mètre près de l’ouverture du sommet.
Au fil des siècles, pour alléger les voûtes, on y inséra aussi des amphores vides, comme dans le mausolée d’Hélène à Rome. C’est l’un des nombreux trucs des constructeurs romains, qui expérimentaient sans cesse.
Pourquoi dure-t-il si longtemps ?
Les ouvrages en béton romain résistent depuis près de deux mille ans, même dans des lieux exposés à la mer et aux tremblements de terre. Pour comprendre pourquoi, en 2023, un groupe de chercheurs dirigé par Admir Masic, du Massachusetts Institute of Technology, a publié une étude sur des murs de l’ancienne ville de Privernum, près de Rome. Il a remarqué de petits fragments blancs, jusque-là considérés comme des défauts de mélange. Selon les chercheurs, ils viennent au contraire de l’utilisation de chaux vive, mélangée directement aux autres matériaux et éteinte avec de l’eau. Ces fragments pourraient aider le matériau à se réparer tout seul : quand une fissure se forme, l’eau dissout un peu de chaux qui se recristallise ensuite et ferme la fente. C’est une hypothèse très intéressante, encore en cours d’étude.
Une dernière curiosité : les archéologues peuvent aussi dater certains de ces bâtiments en étudiant le mortier, grâce au radiocarbone, la même méthode que celle utilisée pour dater des os et des bois anciens.
Pourquoi c’est arrivé
Rome avait besoin de construire en grand : ports, ponts, entrepôts, bâtiments publics pour une ville qui grandissait. La pierre taillée est chère et lente à travailler, alors que le béton se prépare avec des matériaux courants et se coule dans des moules, même avec des ouvriers moins expérimentés.
Les Romains, en outre, habitaient près d’une zone volcanique, les Champs Phlégréens, où la pouzzolane était abondante. Il fallut l’observation et la pratique des constructeurs pour découvrir que, mélangée à la chaux, elle donnait un matériau si particulier. Ils ne connaissaient pas la chimie qui explique le phénomène, mais ils en comprirent bien les effets.
Ce qui a changé
Le béton changea l’architecture. Sans besoin de blocs gigantesques, les Romains purent construire plus vite et à moindre coût, et inventer des formes nouvelles : de grandes salles couvertes de voûtes et de coupoles, des amphithéâtres comme le Colisée, d’énormes thermes, des ports artificiels. Une grande partie de ce que nous admirons encore de la Rome antique est faite ainsi, revêtue de pierre ou de briques.
Après la fin de l’Empire d’Occident, la technique fut en grande partie perdue, et pendant des siècles les constructions furent différentes. Le béton moderne, fait avec du ciment Portland, est aujourd’hui à la base des maisons, des ponts et des gratte-ciel. On utilise encore aujourd’hui le ciment « pouzzolanique », c’est-à-dire avec ajout de pouzzolane, pour de grands coulages comme les barrages et les radiers, parce qu’il dégage moins de chaleur et résiste mieux.
Le béton d’aujourd’hui, pourtant, consomme beaucoup d’énergie et produit beaucoup de gaz carbonique. Les scientifiques étudient le béton romain pour comprendre si l’on peut imiter des matériaux plus durables et moins polluants, et aussi pour savoir comment mieux conserver les constructions antiques.
Personnes et lieux clés
Personnes
- Vitruve
- Architecte et écrivain romain du Ier siècle av. J.-C. Il décrivit les sables de carrière de plusieurs couleurs et recommanda la « poudre de Pouzzoles » pour les ouvrages dans l’eau.
- Admir Masic
- Ingénieur du MIT, à la tête du groupe qui a proposé en 2023 l’explication de l’autoréparation du béton romain.
Lieux
- Pouzzoles et les Champs Phlégréens
- Zone volcanique près de Naples qui a donné son nom à la pouzzolane.
- Panthéon, Rome
- Bâtiment avec la plus grande coupole en béton non armé jamais construite, de plus de 43 mètres de diamètre.
- Privernum
- Ancienne ville du Latium où les chercheurs ont analysé des échantillons de mortier romain en 2023.
À savoir
- Le nom « pouzzolane » vient de Pouzzoles, près de Naples.
- Vitruve distinguait les sables de carrière par couleur (noir, gris, rouge) et recommandait la « poudre de Pouzzoles » pour les ouvrages dans l’eau.
- Le béton du Panthéon est plus léger vers le haut, où l’on utilisa de la pierre ponce et des lapilli volcaniques.
- La chaux romaine se cuisait à environ 900 degrés ou moins : bien moins que le ciment moderne.
- En 2023, les chercheurs ont proposé que les petits grumeaux blancs du mortier romain servent à réparer les fissures.
Pour aller plus loin
- Wikipédia, article « Opus caementicium » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Pouzzolane » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Béton de ciment » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Panthéon (Rome) » fr.wikipedia.org
Événements liés
- Le Panthéonvers 125 apr. J.-C. · RomeLa coupole du Panthéon est l’ouvrage en béton romain le plus célèbre.
- L’inauguration du Colisée80 apr. J.-C. · RomeLes voûtes du Colisée sont en béton, revêtues de pierre et de briques.
- L’aqueduc de l’Aqua Marcia144-140 av. J.-C. · RomeLes aqueducs aussi utilisaient le béton, par exemple pour les arcades et les citernes.
- Les thermes de Caracalla216 apr. J.-C. · RomeLes grandes salles des thermes de Caracalla furent couvertes de voûtes en béton.
- Brunelleschi achève la coupole1436 · Époque moderneDes siècles plus tard, Brunelleschi construisit à Florence une coupole qui rappelle par son ambition celles des Romains.
Avant et après, dans l’ère « Rome »
Événement 8 sur 25
AvantLa fondation légendaire de Romevers 753 av. J.-C.
AvantLa naissance de la République romainevers 509 av. J.-C.
AvantLes lois des Douze Tablesvers 450 av. J.-C.
AvantLa voie Appienne312 av. J.-C.
AvantLa première guerre punique264-241 av. J.-C.
AvantHannibal franchit les Alpes218 av. J.-C.
AvantPlaute et la comédievers 200 av. J.-C.
Tu es iciLe béton romainvers 150 av. J.-C.
AprèsL’aqueduc de l’Aqua Marcia144-140 av. J.-C.
AprèsSpartacus mène la révolte73-71 av. J.-C.
AprèsCésar franchit le Rubicon49 av. J.-C.
AprèsLe calendrier julien46 av. J.-C.
AprèsL’assassinat de César44 av. J.-C.
AprèsAuguste, premier empereur27 av. J.-C.
AprèsLa paix romaine27 av. J.-C. - 180 apr. J.-C.
AprèsVirgile et l’Énéide19 av. J.-C.
AprèsPompéi ensevelie par le Vésuve79 apr. J.-C.
AprèsL’inauguration du Colisée80 apr. J.-C.
AprèsLa colonne Trajane113 apr. J.-C.
AprèsLe Panthéonvers 125 apr. J.-C.
AprèsGalien, médecin à Romevers 162 apr. J.-C.
AprèsLes thermes de Caracalla216 apr. J.-C.
AprèsLe livre à pages (le codex)vers 300 apr. J.-C.
AprèsL’édit de Milan313 apr. J.-C.
AprèsLa chute de l’Empire d’Occident476 apr. J.-C.
Écoute / Lis aussi
- Musique pour lire : Cinematic JourneyMusique épique de film, sans paroles, de Ciro Simone IrmiciSpotifyYouTube Music
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Autres événements de l’ère « Rome »
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- Les lois des Douze Tables
- La voie Appienne
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- Plaute et la comédie
- L’aqueduc de l’Aqua Marcia
- Spartacus mène la révolte
- César franchit le Rubicon
- Le calendrier julien
- L’assassinat de César
- Auguste, premier empereur
- La paix romaine
- Virgile et l’Énéide
- Pompéi ensevelie par le Vésuve
- L’inauguration du Colisée
- La colonne Trajane
- Le Panthéon
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- Les thermes de Caracalla
- Le livre à pages (le codex)
- L’édit de Milan
- La chute de l’Empire d’Occident
