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Ziggourat d’Ur

vers 2100 av. J.-C. Ur, Mésopotamie (aujourd’hui Irak)

En bref

Le roi Ur-Nammu a fait construire à Ur une ziggourat, une montagne artificielle à terrasses dédiée au dieu de la Lune, Nanna. Le cœur était en briques crues, recouvert d’une couche de briques cuites jointes au bitume pour résister à la pluie. De grands escaliers montaient jusqu’au petit sanctuaire du sommet, où seuls les prêtres pouvaient entrer. La base, restaurée au XXe siècle, se voit encore dans le sud de l’Irak.

Pourquoi c’est important Les ziggourats étaient le signe le plus visible du lien entre une ville et ses dieux.

Source : Encyclopaedia Britannica, « Ziggurat »

Illustration : Ziggourat d’Ur (Ur, Mésopotamie (aujourd’hui Irak))
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
Ziggourat d’Ur : Ur, Mésopotamie (aujourd’hui Irak)
Où : Ur, Mésopotamie (aujourd’hui Irak)

Fiche pour étudier environ 6 minutes de lecture

Le récit

Une montagne de briques dans la plaine

Celui qui arrivait à Ur, il y a quatre mille ans, voyait de loin quelque chose qui ne ressemblait à rien d’autre dans la plaine plate de la Mésopotamie : une tour à terrasses, sombre à la base et claire en haut, avec trois escaliers qui se rejoignaient à mi-hauteur puis montaient ensemble jusqu’à un petit temple au sommet. C’était la ziggourat d’Ur, que le roi Ur-Nammu avait fait commencer (son fils Shulgi l’acheva) et dédiée au dieu Lune Nanna, seigneur de la ville. Son nom sumérien, Etemennigur, se traduit en général par « maison dont le fondement fait trembler ».

Le mot « ziggourat » vient de l’akkadien ziqqurratu et signifie « sommet, pointe » : c’était une montagne artificielle. La plaine mésopotamienne n’a pas de montagnes, et on pense que ces édifices rappelaient les montagnes où, selon la tradition, habitaient les dieux. Plus le temple était haut, plus le ciel était proche.

Comment elle était faite

Ur-Nammu régna environ de 2112 à 2095 av. J.-C. et fut le fondateur de la IIIe dynastie d’Ur, quand les villes du sud furent de nouveau unies après la chute de l’empire akkadien. Il fit construire ou reconstruire des temples dans tout le pays, et la ziggourat d’Ur est l’œuvre la plus importante. Son corps était un bloc de briques crues, haut peut-être de trente mètres, avec une base rectangulaire d’environ 64 mètres sur 45. À l’extérieur, pour la protéger de la pluie et du soleil, on la recouvrit d’une épaisse couche de briques cuites jointes au bitume. On calcule que les briques cuites étaient des centaines de milliers, et sur beaucoup figure l’estampille avec le nom du roi.

Dans la paroi, on laissa des trous pour faire sortir l’eau qui s’infiltrait dans le mur. Trois escaliers, chacun de cent marches, partaient de la base et se rejoignaient sur un portail à mi-hauteur, puis montaient ensemble jusqu’à une haute terrasse. Au-dessus, un petit temple abritait le dieu. Les spécialistes pensent que trois étages se succédaient les uns sur les autres, mais ils ne peuvent pas dire avec certitude comment était le sommet, parce qu’il a disparu.

Une maison pour le dieu, pas une église

Comprendre à quoi servait une ziggourat n’est pas facile, parce qu’aujourd’hui nous pensons aux temples comme à des lieux où les fidèles se réunissent. Ce n’était pas ainsi. La ziggourat était la maison du dieu, pas un lieu pour tout le monde. Il était interdit aux gens ordinaires d’y monter. Seuls les prêtres pouvaient arriver au sommet, pour apporter les offrandes, prendre soin de la statue et accomplir les cérémonies. Les fidèles s’arrêtaient à la base, dans la cour, où il y avait des entrepôts, des cuisines et des ateliers. Le temple possédait des champs et des troupeaux, donnait du travail à des centaines de personnes et distribuait des rations. C’était à la fois un lieu religieux et une entreprise.

Les surprises de l’archéologie

La ziggourat d’Ur fut repérée dès 1853-1854 par un consul anglais, John Taylor, qui y trouva des cylindres d’argile portant des inscriptions en cunéiforme. Mais c’est Leonard Woolley, entre 1922 et 1934, qui la fouilla et comprit comment elle était faite. Dans la cour voisine, il trouva les restes d’un édifice qui semble être un petit musée : une collection d’objets plus anciens avec des étiquettes en trois langues, de l’époque de la princesse Ennigaldi-Nanna, fille du dernier roi babylonien, Nabonide (VIe siècle av. J.-C.). Si l’interprétation de Woolley est juste, c’est le plus ancien musée connu. Mais certains spécialistes la jugent incertaine.

Dans les années 1980, le gouvernement irakien reconstruisit la partie basse et l’escalier central, de sorte qu’aujourd’hui on peut voir en partie comment elle était. En 2021, le pape François y tint une rencontre avec les représentants des religions, parce que, selon la tradition biblique, Ur est la ville d’Abraham (Ur des Chaldéens). Cette identification est traditionnelle, pas prouvée.

Les ziggourats et la tour de Babel

Ur ne fut pas la seule. On en compte plus de vingt en Mésopotamie et en Iran, dont l’Etemenanki de Babylone, la tour que certains spécialistes relient au récit biblique de la tour de Babel. Celle d’Ur est pourtant la mieux conservée et la plus connue. Après Ur-Nammu, elle fut restaurée plusieurs fois, jusqu’à Nabonide, au VIe siècle av. J.-C., puis l’Euphrate changea de cours, la ville perdit son eau et son commerce, et fut abandonnée.

Pourquoi c’est arrivé

La cause la plus immédiate fut la religion. Les habitants de la Mésopotamie croyaient que chaque ville appartenait à un dieu et que les hommes avaient été créés pour le servir. C’est pourquoi le temple devait être haut, bien visible et aussi beau que possible. La ziggourat était sa maison.

Il y avait ensuite la politique. Après la chute de l’empire akkadien, le pays était divisé, et Ur-Nammu voulait montrer qu’il était le roi choisi par les dieux pour le réunir. Construire de grands temples dans toutes les villes était une façon de montrer sa force et d’obtenir l’appui des prêtres. On se souvient aussi d’Ur-Nammu pour le plus ancien code de lois qui nous soit parvenu, écrit en sumérien.

Enfin, il y avait le matériau. En Mésopotamie, la pierre manquait, mais la boue et le bitume (qui affleure dans certaines zones) abondaient. Les briques crues étaient économiques et faciles à faire, et celles qui étaient cuites et liées au bitume servaient à protéger le noyau de la pluie. L’environnement indiqua la solution technique.

Ce qui a changé

La ziggourat fut le symbole des villes mésopotamiennes pendant environ deux mille ans. Les Assyriens et les Babyloniens continuèrent à en construire, toujours plus grandes. L’idée d’un édifice sacré élevé, avec un escalier et un temple au sommet, a influencé la mémoire collective et probablement aussi le récit de la tour de Babel.

Elle a laissé des traces dans le langage et dans l’architecture : des tours à degrés de l’ancien Iran aux pyramides de l’Amérique centrale, souvent comparées aux ziggourats, même si les deux traditions n’ont aucun lien direct. Au XXe siècle, l’architecture des gratte-ciel a elle aussi emprunté la forme à degrés.

Pour les archéologues, la ziggourat d’Ur est une source importante : les briques portant le nom du roi, les fondations et les tablettes trouvées aux alentours ont permis de dater avec précision une période cruciale, celle de la IIIe dynastie d’Ur, et de connaître l’organisation des temples.

Personnes et lieux clés

Personnes

Ur-Nammu
Roi d’Ur (vers 2112-2095 av. J.-C.), fondateur de la IIIe dynastie. Il construisit la ziggourat et encouragea le plus ancien code de lois connu.
Nanna (Sîn)
Dieu Lune des Sumériens, protecteur d’Ur. Son temple au sommet de la ziggourat était sa maison sur terre.
Leonard Woolley
Archéologue britannique qui fouilla Ur de 1922 à 1934 et reconstitua l’aspect de la ziggourat.
Ennigaldi-Nanna
Fille du roi Nabonide et prêtresse à Ur au VIe siècle av. J.-C. ; selon certains spécialistes, elle s’occupait du plus ancien musée connu.

Lieux

Ur (sud de l’Irak)
Ancienne ville sumérienne, aujourd’hui dans le désert près de Nassiriya, avec la ziggourat partiellement reconstruite.
Babylone (Irak)
Ville où s’élevait l’Etemenanki, la ziggourat la plus haute, associée à la tour de Babel.
Nippur (Irak)
Ville sainte avec une autre grande ziggourat dédiée au dieu Enlil.

À savoir

  • Sur beaucoup de briques cuites de la ziggourat figure l’estampille du roi Ur-Nammu : comme une « marque de fabrique » d’il y a 4100 ans.
  • Il était interdit aux gens ordinaires de monter sur la ziggourat : le sommet était réservé aux prêtres.
  • Le nom sumérien de la ziggourat, Etemennigur, se traduit par « maison dont le fondement fait trembler ».
  • Selon Woolley, à côté de la ziggourat, il y avait un petit musée d’objets anciens avec des étiquettes en trois langues ; l’idée est encore discutée.
  • En 2021, le pape François visita les ruines d’Ur, que la tradition garde en mémoire comme la ville d’Abraham.

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